(suite) 1/ L'obésité, des causes multifactorielles

D/ Trop pauvres pour être minces...

La corpulence des femmes comme celle des hommes a fortement augmenté depuis 1981, avec une accélération depuis les années 1990. Elle touche aussi bien les jeunes que les plus âgés. Cependant tous les groupes sociaux ne sont pas touchés. On constate un écart entre les catégories socio-professionnelles : l’obésité a augmenté beaucoup plus vite depuis 1992 chez les agriculteurs ou les ouvriers que chez les cadres et professions intellectuelles supérieures.

Comme montée de l'obésité chez les enfants et les adolescents est particulièrement forte au sein des foyers modeste. Cruel paradoxe qui veut que moins on ait d'argent plus on prenne du poids. Une loi que l'on retrouve dans pratiquement toutes les régions du globe où, à partir d'un certain développement économique, ce sont finalement les moins riches et les moins éduqués qui deviennent, à chaque fois, le plus rapidement obèses. Seuls les très pauvres au sein des pays les plus pauvres, échappent encore, faute de pouvoir assurer le minimum vital, à cette fatalité. Mais au prix de malnutritions encore fréquentes.

L'obésité, comme la malnutrition, une maladie de pauvres ? Cela peut susprendre, à première vue. Pourtant, force est de constater que ce ne sont plus de calories qui coûtent cher désormais aux ménages, mais bien la capacité de varier son alimentation. Faute de revenus suffisants pour acheter fruits et légumes, les ménages les plus modestes font provision de sucre, d'amidon, d'huile et autres aliments transformés très énergétiques mais bon marché. Le gras cale l'estomac à bon prix. Et comment refuser quelques bonbons, quasiments gratuits, à son enfant quand on le prive déjà par ailleurs, faute d'argent, des loisirs ordinaires auxquels ont droit ses camarades ou les autres adolescents qui peuplent les séries télévisées...

Selon l'enquête Santé de l'INSEE, en France métropolitaine, en 1981, 7% des agriculteurs étaient d'une corpulence supérieure à 30 kg/m2, seuil de l’obésité pour l’OMS :

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Donc, qui consomme quoi...?

La consommation alimentaire des groupes sociaux à bas salaire est basée sur une forte consommation de produits courants, bas de gamme, plus gras et à forte densité calorique. Ils contiennent trop de graisses saturées, de viandes transformées (saucisses, pâtés, salaisons…), beaucoup de féculents raffinés (pain blanc, riz blanc…) ou d’aliments d’intérêt nutritionnel moindre (frites, nuggets…) et ne sont donc pas source de calories ayant un intérêt physiologique.
Quant aux familles les plus aisées, ils sont loin d'avoir une alimentation idéale, elles sont cependant plus nombreuses à consommer des fruits et légumes ainsi que du poisson et de la viande maigre.
La différence moyenne en matière de dépense budgétaire entre les revenus faibles et les revenus élevés atteint moins de 24% pour les fruits, moins de 22% pour la viande, le lait et le fromage, et moins de 15% pour les légumes et les produits riches en fibres comme le pain complet, selon l’étude de l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques) sur le budget des ménages.

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...et pourquoi ?

Premièrement, par contraintes budgétaires...
Les revenus des classes sociales défavorisées les amènent souvent à raisonner en terme de coût et non pas en terme de qualité nutritionnelle.
Ainsi ils vont plutôt choisir des aliments plus gras et plus sucrés qui sont généralement les moins chers, aux dépens des fruits et des légumes qui, eux, coûtent plus cher. Le prix relatif des légumes ayant augmenté de 40% depuis 1950, ces produits leur sont donc plus difficilement accessibles et ils se rabattent sur des produits plus adaptés à leurs moyens comme les féculents, les sodas, la charcuterie, les pizzas, etc... Par exemple, la kilocalorie coûte 15 à 20 fois moins cher pour des biscuits fourrés au chocolat que pour des tomates. Il faut savoir que pour respecter les recommandations nutritionnelles, une personne doit dépenser au minimum 3,60 euros par jour et que les personnes vivant dans la précarité ne peuvent pas débourser plus de 2,50 euros.
Ensuite, par le niveau d’éducation...
15% des personnes non instruites ou ayant le brevet des collèges sont obèses, contre 5% des personnes ayant un niveau d'étude supérieure. On constate que les populations défavorisées sont moins sensibles aux campagnes d'informations sur l'éducation nutritionnelle. On peut évoquer un manque de connaissances : les connaissances en nutrition sont meilleures dans les milieux les plus aisés, et plus le niveau est élevé, plus les individus semblent être à même de suivre des recommandations diététiques et de changer de comportement pour éviter des risques en faveur d’un mode de vie sain. Il existe un rapport inverse entre le niveau de connaissance et d’instruction et la prévalence de l’obésité infantile. En France, quatre études dans les départements de l’Isère et du Rhône en 1992 montrent un effet protecteur du niveau d’étude de la mère. Une étude effectuée en 2003 dans le département du Bas-Rhin confirme cet état de fait.
Faiblesse des ressources budgétaires et niveau réduit d’éducation favorisent le développement de l’obésité...